La journée type (idéale) d’un rédacteur web freelance…

ou Comment ne pas perdre sa vie à la gagner…

 

Les rédacteurs web débutant sont souvent submergés de travail et passent énormément de temps à rédiger, en sacrifiant leurs soirées, et souvent leurs week-end… Pour un métier qui devait leur procurer indépendance et liberté, c’est un peu raté non ?

Cet article ne vous dit pas comment les choses doivent êtres, il y a 1000 façons de s’organiser. J’ai synthétisé un certain nombre d’expériences et de de témoignages de rédacteurs qui durent dans le métier et qui y prennent plaisir. Voici la journée type d’un rédacteur freelance qui bosse à plein temps et qui se donne les moyens de rédiger des articles de qualité.

 

La question des tarifs : le mythe de l’argent facile

Je ne sais pas où j’ai encore laissé traîner mes oreilles, mais je me suis laissée dire qu’on pouvait devenir riche sans trop travailler grâce à la rédaction web… Farniente, vie de famille et week-ends interminables… Ce n’est pas sous cet angle que commence cet article… C’est pas aujourd’hui que vous allez acheter du rêve…

Je vais commencer ma démonstration par une aberration : comparons le métier de freelance avec le salariat. La principale raison pour laquelle je prend cette comparaison, c’est que la plupart des travailleurs indépendants sont en reconversion et quittent un poste de salarié ou de fonctionnaire. Les réflexes acquis durant ces années professionnelles mettent du temps à s’estomper, et la semaine de 35 heures et le taux horaire restent des référentiels.

Combien espérer gagner en rédaction Web ?

L’objectif minimal du rédacteur web est d’atteindre un revenu net de 1500 € par mois. On est juste au dessus du SMIC, vous avez remarqué ?

Pour y parvenir, il travaille 20 jours par mois, soit 5 jours par semaine et 7h par jour (oui, le rédacteur web fait les 35h : il a des enfants, une maison à rénover et un jardin à entretenir). Voici la pire situation envisageable en rédaction web.

Pour ceux qui ricanent sous leur cape, je tiens à préciser que perdre sa vie à la gagner n’est pas une option. D’autant moins pour les rédacteurs qui quittent le salariat : ils ont un énorme besoin de sens, et un petit rêve de liberté, si modeste…

 

Ne sortez pas vos calculatrices, je l’ai fait pour vous : pour gagner 1500 € net par mois, il faut gagner 75 € minimum par jour travaillé. Soit environ 90 € à 150 € de chiffre d’affaire par jour (ah oui, il ne s’agit pas d’oublier les charges sociales ou les contributions, entre 22 et 50 % que vous soyez auto-entrepreneur ou en portage salarial).

 

Combien de textes à 2 centimes le mot dois-je rédiger pour atteindre cet objectif ?

6000 mots par jour. Sachant que les rédacteurs expérimentés (sans parler des rédacteurs cyborgs) rédigent 600 mots de l’heure les bons jours sur les sujets qu’ils maîtrisent… ça fait 10 h de rédaction par jour… Ah… Il va donc falloir oublier ce tarif… Pourtant c’est ce que payent certaines plateformes…

Plus raisonnablement, les tarifs les plus bas pratiqués par les rédacteurs français qui en vivent tournent autour de 5 cts par mot, soit 2500 mots par jour… Ça reste costaud, selon les sujets, mais c’est plus raisonnable. Pour des textes de qualité moyenne, ou des textes d’experts qui maîtrisent parfaitement leur sujet, ça se fait bien.

On ne vous cachera pas que pour aimer ce métier, s’autoriser à être malade, avoir un imprévu ou élever des enfants, il faut faut viser 10 cts par mot minimum. Et là, ça commence à devenir un métier intéressant en termes financiers. Vous arrêtez de bosser la nuit ou de sacrifier des week-end pour finir un texte.

Après, je dis pas, il y a des exceptions, des gens qui bossent à tiers temps à 5 cts le mot et qui sont très contents… Ce sont des exceptions… Ils ne dévoilent pas leurs secrets…

 

Les différentes missions des rédacteurs web : qu’est-ce qu’on nous fait pas écrire !

 

La rédaction web, c’est plusieurs métiers. Vous pouvez rédiger des textes sans âme, sans recherche, sans investissement personnel, en paraphrasant d’autres textes ou en adaptant des traductions Google Translate. Dans cette façon de travailler, vous pouvez envisager de produire des milliers de mots par jour… en alignant les lieux communs et les mots-clés. J’appelle ça la rédaction en mode robotique ou au kilomètre.

Loin de moi l’idée de dévaloriser cette façon de faire : je connais des rédacteurs qui excellent dans ce domaine parce qu’ils se sont entraînés et qui peuvent produire des textes même intéressants et agréables à lire dans un temps record. Je dirais même qu’il y a plusieurs catégories de rédacteurs et que dans celle-là, vous trouvez des gens qui s’épanouissent. Mais ce n’est pas la norme.

Pour ma part, j’adore atteindre cet état mental de rédaction en mode automatique, c’est très grisant. Hélas, je ne peux pas le tenir plus de trois heures par jour à un rythme aussi soutenu, et certains jours, il faut l’avouer, votre cerveau est adipeux… Je continue à m’entraîner à rédiger comme je respire, ça peut toujours servir. Mais rédiger 6000 mots par jour n’est pas mon objectif. Pourquoi ? Parce que hors expertise, il n’est pas possible d’écrire des contenus qualitatifs à ce rythme.

 

Un quiproquo dérangeant

 

Il y a un gros quiproquo parmi les rédacteurs web, qui a tendance à profiter aux clients et pas du tout aux rédactrices (oui, ce sont des femmes à 80 %). Ce problème de compréhension consiste à baisser ses tarifs pour trouver du boulot. Le credo des rédactrices en colère deviendra donc « Ne vous bradez pas ».

Les débutant donnent trop. Ils sont motivés par l’apprentissage et ont soif de reconnaissance. Ils passent facilement le double du temps nécessaire pour un texte parce qu’ils essaient de produire de la qualité avec des vraies recherches. Or attention : en dessous de 5 cts le mot, on ne vous demande pas de produire de la qualité. En 1h ou 1h30 (le temps minimal nécessaire pour être rentable en rédigeant 1000 mots), vous ne pourrez pas faire de vraies recherches, vérifier vos informations, faire un plan original et rédiger correctement. Si vous y parvenez, vous êtes une bête de compétition, vous faites gagner de l’argent à vos clients ! Facturez-le.

Pour les clients c’est probablement génial : tous les mois de nouveaux rédacteurs naïfs arrivent, pas cher. Ils donnent tout, puis abandonnent. Dans le meilleur des cas, ils comprennent et passent à la catégorie supérieure. C’est ce que vous ferez après avoir lu ce texte. Mais le problème, c’est qu’il y aura toujours des débutants pour casser les prix, etc. Et ça pourrait durer des siècles comme ça…

 

Cercle vicieux ou cercle vertueux ?

Je commence par quoi ? Le bon scénario ou le mauvais ?

D’abord, le cercle vicieux. Des tarifs trop bas, un temps de rédaction infini, des nuits blanches, tout qui s’accumule, les factures à faire, la prospection toujours repoussée, les articles perso et le self marketing toujours remis au lendemain. Des photos de profils dégueulasses, des profils minimalistes ou misérabilistes. Aucun moyen d’investir dans son activité. Un matériel en mauvais état qu’on ne remplace pas. Quelle possibilité d’évoluer ?

Le cercle vertueux : avoir le temps de chouchouter son business, de réseauter, de proposer des projets, de trouver des intérêts communs avec d’autres freelances, de créer des offres commerciales innovantes, de discuter, de se former à de nouvelles compétences, de tailler ses crayons, etc.

Finalement, les tarifs bas maintiennent les rédacteurs dans la catégorie laborieuse d’un monde ouvrier sans syndicats, corvéables et interchangeables à merci. Il y a un mot à la mode pour ça : l’ubérisation.

Et la réponse que vous recevrez sera toujours la même : il y a des centaines de rédacteurs qui ne demandent qu’à travailler pour si peu, et si ce n’est pas en France, il y a le off-shore. Oui chef… euh, non, les freelances n’ont pas de patrons… euh… ils ont des clients. Et si le contenu est roi et que les clients aussi… le rédacteur est la tranche de jambon fade qui ferait bien de se faire un petit relooking pour remonter ses prix… On est des webmarketeurs finalement non ?

 

Un jour parfait en rédaction web

 

Une journée idéale pour un rédacteur web se compose de la façon suivante :

  • 3h de rédaction pure. C’est fatiguant et ça demande beaucoup de concentration, plutôt le matin et parfois très tôt. Je parle ici de rédaction premium.
  • 1h de devis, factures, prospection, administratif (indispensable et typique du freelance)
  • 1h de self marketing, de réseaux sociaux, de travail sur ses sites perso et de maintenance. Essentiel de prendre du temps pour soigner son image de marque et partager avec d’autres freelances.
  • 2h de lecture, recherche documentaire, veille, recherche d’inspiration, préparation du texte du lendemain, et temps de formation. Le cœur de notre métier, c’est une tête bien faite et si vous arrêtez de nourrir votre cerveau convenablement, vous perdrez en pertinence.

Et je ne parle pas de ses moments d’échange et de partage avec d’autres rédacteurs, indispensable pour ne pas péter les plombs, seul, derrière son ordinateur.

En bref, pour être un rédacteur web épanoui, il faut être le roi de la casquette et changer toute la journée de métier.

Si vous choisissez de travailler moins, en gardant le même salaire, il suffit de mieux vendre vos talents. Just do it…

 

La rédaction pure ne représente que 40 % de ma journée de rédacteur

 

Vous ne payez pas un producteur de légumes pour les deux heures qu’il passe sur le marché à vendre ses produits, vous le payez pour toutes les heures qu’il a passé dans son jardin. Et c’est très mal payé…

Un rédacteur indépendant fait payer son temps de travail global, et pas seulement les heures qu’il passe à rédiger.

Sur plateforme, vous pouvez travailler 2h de plus sur vos textes par jour (pas de gestion, pas de prospection), pour payer les commissions de la plateforme.

Ça semble évident, mais on oublie de le dire aux clients parfois, quand ils négocient les tarifs. On se dit que c’est vrai, on ne mettra que 2 heures à écrire cet article, 50 €, quand même, ça fait 25€ de l’heure, c’est pas si mal payé… Oui mais voilà, la compta et la prospection, c’est pas un loisir.

Si vous n’êtes pas monté avec une calculatrice dans la tête, prenez le temps de calculer vos tarifs à tête reposée, en tout honnêteté avec vous même… Alors, vous comprendrez pourquoi, depuis 6 mois que vous êtes rédacteur, vous avez arrêté de sortir, de vous reposer et de voir vos amis, que votre mari vous a quitté et que vous avez mal au dos et aux poignets… J’exagère à peine…

Bon voilà. L’article est fini. Au boulot ! Chouchoutez-vous !

6 Comments

  1. Avatar
    Magali
    décembre 7, 2019
    Reply

    Très bon article Marie ! Et tellement vrai…

    • Avatar
      Marie Leloup
      décembre 7, 2019
      Reply

      Merci Magali ! Je suis contente de partager ce constat : j’espère que ça nous permettra de retrouver du sens dans les moments de doute, car c’est un très beau métier !

  2. Avatar
    décembre 9, 2019
    Reply

    Notre métier de rédacteur web est très bien représenté dans cet article pertinent.
    Espérons que nos futurs prospects passent par ici pour en prendre conscience.
    Félicitation Marie, au plaisir de te lire 🙂

    • Avatar
      Marie Leloup
      décembre 9, 2019
      Reply

      Merci Christophe ! Je pense en effet qu’il faut faire un petit travail d’information, entre rédacteurs sur nos standards, et auprès des clients, car ils sont nombreux à se perdre dans les tarifs. C’est un métier qui n’a pas 10 ans, dans un contexte qui évolue en permanence. C’est aussi notre rôle d’experts des mots et de la communication de mettre en avant les règles de notre métier, ainsi que la plus-value que peuvent apporter nos textes. Qui le fera à notre place ?

  3. Avatar
    janvier 2, 2020
    Reply

    Excellent ! Parfaitement bien vu, et on devrait faire lire ton article à tous les rédacs débutants qui s’imaginent avoir trouvé THE job qui va les rendre riches sans trop les fatiguer.

    • Avatar
      Marie Leloup
      janvier 3, 2020
      Reply

      Qui a dit que c’était un boulot facile ?

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