Devenir entrepreneur en 2019

Le monde économique est en profonde mutation. Certains prédisent la fin du salariat, d’autres s’écrient à l’ubérisation du travail, impulsée par le régime du micro-entrepreneur. Quoi qu’on en dise, la révolution digitale est en marche. Un nouveau rapport au travail se tisse, sur la toile et dans nos vies.

La micro-entreprises se positionne comme le moyen idéal de tester la création d’entreprise. Nous faisons le point sur l’entrepreneuriat, ce qu’il est devenu, son avenir, ses fantasmes et ses pièges. Et quelques bons conseils pour ne pas s’égarer.

L’entrepreneuriat au siècle numérique : de profondes mutations

Le nombre de créations d’entreprises atteint un pic. Le e-commerce crée de nouveaux métiers. État des lieux de la création d’entreprises. Focus sur les micro-entrepreneurs.

Augmentation du nombre de créations d’entreprises

Créer son entreprise est-il devenu une activité tendance ? En 2018, 619.283 nouvelles entreprises étaient créées. C’est un record : le dernier pic enregistré par l’Insee remonte à 2010, année de la création du statut d’auto-entrepreneur. Parmi les créations d’entreprises, 43.7% sont des micro-entrepreneurs, soit 2 entreprises sur 5, soit 1.4 million en 2018. Et seulement 54000 défaillances par an (tout type d’entreprises compris).

60 % des micro-entrepreneurs génèrent un chiffre d’affaires régulier qui leur permet de vivre de leur activité ou de disposer d’un complément de revenus (30%). Ils gagnent en moyenne 440€ par mois. Les micro-entrepreneurs sont des étudiants et des retraités, des salariés en reconversion, des entrepreneurs qui testent la viabilité de leur projet. Le profil du micro-entrepreneur est différent des autres indépendants : plus de femmes (40% contre 32% pour les autres non-salariés) et plus jeune (38 ans contre 46 ans). Leur domaine de prédilection est le e-commerce, la communication, la traduction et le graphisme.

Le statut de micro-entrepreneur permet de ne pas payer de charges si aucun chiffre d’affaires n’est perçu. Il recouvre dans la plupart des cas des activités qui permettent de se passer de locaux professionnels et de travailler chez soi. Les micro-entrepreneurs peuvent bénéficier de droits à la formation, ne payent pas de charge la première année et son exonérés de la taxe aux entreprises en dessous d’un certain seuil. C’est une invitation à l’entrepreneuriat sans contraintes.

La tentation de l’euphorie est certaine. Et le choix de la micro-entreprise ressemble à une émancipation. Mais face aux difficultés de l’intégration (et de la réintégration) dans le marché de l’emploi, le choix des micro-entrepreneurs est un choix réaliste. Une marche forcée dans un monde du travail en mutation. Et honnêtement, pour une bonne partie des créateurs de micro-entreprise, monter sa boîte est perçu comme le seul moyen de trouver un emploi dans son domaine.

L’essor du e-commerce et du B2B

Nous fêtons actuellement les 10 ans de l’émergence du e-commerce et de l’économie collaborative. Le web français compte un total de 208 000 sites marchands actifs. Les ventes e-commerce en France continuent de progresser.

Les entreprises françaises ont pris le virage du numérique. Elles ont été aidées par des entrepreneurs indépendants. Des articles, des blogs, des conseils, des sites dédiés, des formations foisonnent sur internet. Le soutien aux entreprises, le B2B ou BtoB, Business to Business est un secteur florissant. Les services proposés sont le SEO, l’acquisition de trafic, le conseil pour développer des sites web, développer la visibilité des sites sur Internet ou créer des applications mobiles. Des cabinets de consulting, des prestataires extérieurs assurent la transformation digitale des organisations.

Les secteurs d’activité qui progressent le plus sont les transports et l’entreposage (68 % de hausse sur un an), liés à la livraison des e-commerces. Le soutien aux entreprises augmente également de 17,8 % et les services aux ménages de 20,1 %. Ces secteurs créent de l’emploi et les entrepreneurs créent des entreprises pour satisfaire ces nouveaux besoins.

Le virage du numérique est une opportunité, et nous le qualifierons probablement plus tard d’âge d’or. Il ne semble pas que cette manne soit pérenne et les emplois créés actuellement seront amenés à disparaître pour laisser la place à d’autres métiers. Il faudra que chaque entrepreneur qui s’y engage parvienne à suivre le mouvement et à se reconvertir. Tel est le script du travail à l’ère du numérique. Est-ce pour nous déplaire ?

Mais un entrepreneur, concrètement, c’est quoi ? Il y a une grande confusion entre le statut juridique et une façon d’être. Doit-on cumuler les deux ? Qui sont les entrepreneurs ? Des nouveaux serfs de l’industrie digitale ? Des mercenaires sans pitié ? Les prêtres et les prêtresses des sectes du e-commerce ? Les sorciers de la santé alternative ? Des chevaliers, des conquérants, des seigneurs ? Les maîtres Yoda du digital ?

Entreprendre : quel état d’esprit adopter ?

Qu’est-ce qu’un entrepreneur ? Pour éviter de passer à côté de mon sujet, j’ai tout bêtement regardé les définitions. Entreprendre signifie “commencer à faire quelque chose”, entamer, démarrer. J’entreprends l’écriture d’un livre ou j’entreprends un gros rangement de la cave. J’entreprends des travaux à la maison. Rien à voir avec le commerce.

Un entrepreneur, quant à lui, est une personne à l’origine de la création d’une activité commerciale, économique ou un secteur d’activité, à partir de rien dans la plupart des cas. Exploration du mythe et de la réalité de l’entrepreneur…  

Le mythe de l’entrepreneur

On attend d’un entrepreneur des compétences, une forte motivation, une implication marquée dans son projet, un investissement matériel ou moral important, un leadership naturel. Il incarne le progrès et le dynamisme économique, mais également la réussite sociale. Ce mythe n’est pas anodin, il nous habite. Mais quel est le lien entre l’archétype de l’entrepreneur et la réalité vécue par des milliers d’auto-entrepreneurs ? Un pas de deux ? Un grand écart ? Un saut en chute libre ?

Dans l’imaginaire collectif, la force et le dynamisme de l’entrepreneur sont animés par une “nécessité de construire” et un fort besoin de réalisations. Ingénieux, malin, plein de ressources, opportuniste, créatif, intuitif, très cérébral, l’entrepreneur a besoin d’indépendance et se plie difficilement à l’autorité. Cette personnalité type est accentuée par l’effet start-up qui a promu l’entreprise créative au statut de modèle de réussite. Prise de risques, innovation, levées de fonds colossales. Les entrepreneur savent tout faire et excellent. L’idée de faire fortune rapidement en lançant son entreprise s’est implantée dans nos esprits. Mais cela révèle autre chose :  les jeunes créateurs d’entreprise sont en recherche de sens et souhaitent avoir un impact positif sur la société.

À chaque époque son credo. La révolution digitale est en marche et le stakhanoviste des temps modernes est l’entrepreneur “start-up”. Dans un monde devenu volatile, incertain, complexe et ambigu (VUCA), le travail atypique explose. L’entrepreneur a toujours incarné et porté le pari de l’innovation et la prise de risque. Mais notre époque marque l’idée qu’il faudra sans cesse réinventer et érige la flexibilité et la précarité en norme qualité. Savoir rebondir et faire des obstacles rencontrés une force, c’est le défi de l’entrepreneur d’aujourd’hui.

La start-up sublime l’entreprise. Cette idéalisation amène à penser que les créateurs d’entreprises peuvent générer des revenus honorables et jouir d’une aura de réussite sociale, mais tous n’y arriveront pas. Le CDI semble condamné : les CDD, l’intérim et le statut d’indépendant se fondent parfaitement avec la pluriactivité, le cumul d’emplois et de compétences et la flexibilité (souvent choisis). Si ces nouvelles façons de travailler ne sont pas maîtrisées par leurs acteurs, le risque est grand qu’une nouvelle forme de précarité s’installe, faisant le terreau de souffrances individuelles et d’instabilité politique.

Quel est donc le quotidien de l’entrepreneur ? Les observateurs vous le diront souvent : être son propre patron nécessite un investissement important. L’entrepreneur ne compte pas ses heures de travail et n’a pas de paye fixe. Gérer sa propre entreprise offre peu de répit et la charge de travail est énorme : passer des commandes, vérifier l’inventaire, prendre des rendez-vous, trouver des clients, se faire connaître, gérer le service après-vente, négocier avec un fournisseur, négocier avec un client, chercher des financements, améliorer votre site web, vous occuper des fiches de paie, revoir votre business plan ou votre stratégie marketing.

L’entrepreneur qui voudra garder la tête hors de l’eau fera preuve de créativité pour maintenir son business à flots et devra apprendre à gérer les tâches et à déléguer, à développer des activités à son échelle ou trouver les partenaires pour monter plus haut.

Un entrepreneur est un créatif pragmatique

Mais entreprendre est avant tout un état d’esprit. C’est la façon de vivre d’une personne qui parvient à faire l’équilibre entre sa créativité, son indépendance et le principe de réalité des tâches rébarbatives qu’il doit accomplir. Construire un projet est une activité passionnante que les personnalités entreprenantes savent accomplir. Un entrepreneur est finalement un créatif pragmatique :  il a des idées et il les réalise,  il assume ses besoins de réalisation, de créativité, d’indépendance et de liberté.

Et l’on peut être entrepreneur dans l’âme, et ne jamais avoir le statut juridique d’entrepreneur. Les associations sont nourries par ces bénévoles qui portent des projets. Engagés dans le bien commun et les buts non-lucratifs, ils créent du lien et de la convivialité, des services ou des spectacles en dehors de tous rapports marchands.

Néanmoins, l’indépendance du statut de micro-entrepreneur valorise et permet à ce type de personnalités de s’épanouir, alors que le salariat les éteignait. Si les entrepreneurs sont tous des idéalistes (qu’il s’agisse de changer le monde, de travailler le moins possible ou de vivre d’un métier qu’ils adorent). Ceux qui réussissent sont les plus pragmatiques.

Le choix de la liberté n’est pas sans risques

L’entrepreneur qui gère son entreprise comme un bon père de famille appartiendra bientôt au passé. Issus de la révolution industrielle, le management et les hiérarchies d’antan tendent à disparaître. Les entreprises de la Silicon Valley ont impulsé une culture d’entreprise collaborative (pour l’élite), en équipes, en open-space, en télétravail ou à la carte. Et la révolution numérique permet, pour les chanceux qui ont pu surfer sur la vague, de poser les grandes lignes d’une nouvelle organisation des relations professionnelles et du rapport au travail.

En parallèle, l’État social et le cocon du salariat se délitent et les inégalités se creusent. Il est difficile d’être optimiste quant aux sorts des plus précaires. Et parmi les nouveaux entrepreneurs d’aujourd’hui figurent les précaires de demain.

Chiffres d’affaires minimalistes, protection sociale insuffisante, salaire irrégulier et congés maladie inexistants. Le statut d’indépendant peut être anxiogène. Aux entrepreneurs de réinventer des systèmes collaboratifs et sociaux, des caisses de solidarité, des outils qui permettent de vivre dignement et de s’allier pour faire reconnaître et protéger leurs statuts.

J’entreprends de devenir entrepreneur-e

Le statut d’entrepreneur indépendant n’est pas rose et douillet. Vous décourager n’était certainement pas le but de cet article. Au contraire : être pleinement conscient des enjeux dans lesquels nous évoluons est une force pour se prémunir dans les moments les plus difficiles de la vie.

En guise de conclusion, pourquoi ne pas partager les trois conseils les plus importants pour un entrepreneur en herbe ?

Être entreprenant-e

Ne pas laisser les ambitions bloquées à l’état d’utopies, c’est le combat de l’entrepreneur. Vous allez devoir promouvoir vos idées et les faire exister, prendre des initiatives.

La seule chose qui puisse empêcher un rêve d’aboutir, c’est la peur d’échouer (Paul Coelho)

Vos idées sont innovantes, vous créez une activité. Vous êtes de promoteur de votre projet. Apprenez à vendre vos idées, à les rendre importantes aux yeux du plus grand nombre. N’ayez pas peur d’avancer : vous regretterez davantage de n’avoir pas mené un projet que d’avoir échoué. D’ailleurs, une erreur est un tremplin pour le prochain saut, une marche vers un autre projet qui aboutira.

Ne pas douter de soi

Se remettre en question et douter de soi sont deux choses différentes. La première permet d’analyser ses manques ou ses erreurs et d’y remédier pour progresser. La seconde est inutile, fait souffrir et gâche la vie.

  • Faites toujours confiance à vos ressentis et à votre capacité d’entreprendre, prenez les conseils constructifs et laissez les autres.
  • Ne doutez pas de votre légitimité, surtout au début : vous avez une vision claire de vos objectifs et vous allez les atteindre, les uns après les autres.
  • Soyez bien au clair sur le métier que vous voulez faire (c’est d’autant plus vrai pour les métiers où l’on vend ses talents et ses compétences)
  • Au besoin, faites un bilan de compétences ou des tests de personnalité pour vérifier que votre projet sur le papier correspond à ce que vous êtes prêt à porter

L’inventeur du fordisme avait son point de vue sur la question : Les obstacles sont ces choses que tu vois quand tu as perdu l’objectif de vue. En cas de blocage, ne vous découragez pas et recentrez vous.

Avoir un plan de gestion des risques

Je ne m’adresse pas aux entrepreneurs aguerris, mais à tous ceux qui souhaitent devenir entrepreneurs sans rien y connaître, à ceux qui font leurs premiers pas dans entrepreneuriat.

La liquidation judiciaire est une menace sérieuse et tenir le cap de l’entreprise dans les moments difficiles de la vie (deuil, séparation…) est une épreuve pour beaucoup d’entre-nous.

Monter un projet professionnel sur le long terme devrait prendre en compte les aléas de la vie. Et votre ambition ne doit pas vous empêcher d’être réaliste : le surmenage et la fatigue, même si l’on est porté par l’euphorie de la création d’entreprise, peuvent vous mener au burn-out.

Pensez à mettre en place des solutions de replis, à développer des aspects de votre activité qui vous serviront de filet en cas de chute. Prenez des risques à la hauteur de votre capacité à rebondir, quitte à reporter vos ambitions à plus tard. Sachez toujours dans quoi vous vous engagez et si vous parviendrez à retomber sur vos pieds en cas d’échec. En matière de création d’entreprise, la fuite en avant n’est pas une bonne stratégie.

L’entrepreneuriat n’est pas un rêve doré, ni une identité sociale. C’est un outil adapté à certains projets et à certaines personnalités. Sachez vous préparer correctement, comme un aventurier prépare un voyage, pour en tirer une expérience positive et  le maximum de bénéfices.

J’ai rédigé cet article en partenariat avec Olivier, du site Réussir mon e-commerce. Expert de l’entrepreneuriat appliqué au e-commerce, Olivier Clémence fait partie des acteurs qui proposent de vous aider à pérenniser votre activité.

Une réflexion sur “Devenir entrepreneur en 2019

  1. Wouah, je viens de lire ton article, car j’ai moi-même participé à ce partenariat d’olivier clement. Tout d’abord, bravo, si je devais comparer mon texte au tien , bon en fait, je ne préfère pas les comparer. :))
    Le métier de rédactrice web est un vrai métier bravo bravo bravo.
    Pour en revenir à ton article, je ne retiendrai que deux phrases, même si le reste est très bien « attention ».
    « – être son propre patron nécessite un investissement important. L’entrepreneur ne compte pas ses heures de travail. »
    Car c’est vrai, je ne compte pas ces heures.
    À cette occasion, je mets également mon lien concernant l’article si à tout hasard, tu veux le lire 🙂 Bon ne fait pas attention aux syntaxes et autres problèmes grammaticaux :))

    https://www.nappilla.lu/fr/blog/comment-devenir-entrepreneur-3-conseils-n209

    Si toi aussi, tu souhaites écrire un petit commentaire, tu es la bienvenue
    À bientôt et au plaisir de te lire

    Sébastien Nappilla

    J'aime

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